Il était une fois un conte…

Parce qu’ils répondent aux éternelles questions “À quoi ressemble le monde ?”, “Comment y vivre ?” et qu’ils proposent des modèles de conduite qui donnent un sens à la vie, les contes peuvent être appréciés par tous les publics d’apprenants. Pour l’enseignant, le conte constitue un support didactique d’une grande richesse, permettant le développement des compétences écrites, orales, mais aussi interculturelles des apprenants.

Sommaire

Trouver des contes sur Internet Pistes pédagogiques

Contes populaires traditionnels

Les contes populaires (La Belle au bois dormant, Cendrillon, Le Petit Poucet, etc.) doivent leur célébrité en France au talent de Charles Perrault qui collecta et fixa par écrit ces récits issus de la tradition orale. Vous trouverez 9 contes de Perrault à télécharger sous forme du livret sur le site du Centre national de documentation pédagogique. La majorité des contes de cet auteur sont accessibles en texte intégral sur le site Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France (BNF). Vous trouverez également facilement sur la Toile les contes d’autres auteurs français largement connus tels que Mme d’Aulnoy (L’Oiseau bleu) ou Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (La Belle et la Bête). Ne manquez pas enfin le site Fée Clochette : on y trouve tout à la fois des indications théoriques sur le genre mais aussi des textes à profusion.

Vous pourrez également facilement vous procurer les traductions françaises des contes les plus célèbres du patrimoine mondial, par exemple Andersen et sa Petite Sirène, les frères Grimm avec leur Blanche-Neige, Hänsel et Gretel ou encore Sindbad le marin, des contes des Mille et une nuits. Pour les apprenants débutants, vous pourrez utiliser les versions simplifiées de ces contes. Orienté vers un public plus jeune, le site Mômes.net propose de savoureux et ludiques contes interactifs qui vous donneront des idées d’activités d’écriture. La bibliothèque de contes pour l’école proposée par Instits et compagnie offre de nombreuses références.

Contes d’ailleurs

Les contes sont présents dans les traditions de toutes les sociétés : n’hésitez pas à puiser parmi les nombreuses traductions françaises de contes du monde entier pour ouvrir vos apprenants à d’autres cultures.

Commençons notre tour du monde par l’Afrique, qui offre un très riche répertoire de contes. Rendez-vous d’abord sur le site Contes africains : Laetitia Moisant met à profit sa recherche sur “l’oralité dans le conte africain” pour proposer des pages théoriques sur la spécificité d’une écriture orale, une sélection de contes, une bibliographie ou encore une présentation de conteurs. Arrêtons-nous aussi sur la sélection de contes d’Afrique mise à disposition par l’école Perrin de Marseille. Le Génie du manguier mérite également une escale : autour de la lecture interactive d’un conte africain, ce site propose des possibilités d’exploitation pédagogique nombreuses (éducation à la francophonie, construction de compétences de lecture, grammaire en contexte, etc.). Conte-moi, fruit d’un projet de collecte et de valorisation du patrimoine oral francophone, présente des contes venus des quatre coins de la planète, à lire et à écouter. Un saut de l’autre côté de l’Atlantique nous amène à découvrir les légendes du Québec. L’Asie n’est pas en reste, comme vous pourrez le constater à la lecture de ces contes japonais.

Enfin, pour voyager partout dans le monde à partir d’un lieu unique, découvrez les “contes d’ailleurs” réunis sur les sites Récitoire, Fée clochette ou Lire et créer.

Contes thématiques

Vous pourrez décider d’aborder les contes de façon thématique (contes de Noël, d’Halloween (1), (2),  contes autour de la nature) plutôt que géographique : en tapant “conte” et “votre thème” dans un moteur de recherche tel que Google, vous parviendrez sans aucun doute à constituer un corpus d’une grande variété.

Contes animés

Vos apprenants apprécieront peut-être de visionner quelques contes animés. Vous pourrez par exemple leur proposer de regarder en ligne de très beaux animés Contes et légendes d’Afrique. Enfin, si vous avez la possibilité d’obtenir une copie du dessin animé Kirikou et la sorcière, adapté d’un conte d’Afrique de l’Ouest, ne manquez pas la fiche pédagogique publiée par TV5Monde qui vous apportera de nombreuses pistes pédagogiques pour exploiter en classe ce très beau film.

Pistes pédagogiques

Les perspectives didactiques offertes par l’utilisation des contes en classe de FLE sont nombreuses. Nous vous en proposons ici un rapide panorama.

Analyse textuelle

Vous pourrez commencer par donner aux apprenants les codes d’accès à la culture du conte en les sensibilisant aux références et au fonctionnement littéraire de ce type de récit.

Variation et adaptation font partie intégrante de l’univers des contes. Toutefois, les études effectuées sur la structure de ces récits montrent qu’elle s’appuie sur un canevas incontournable que vos apprenants pourront apprendre à repérer dans les différents contes que vous leur présenterez : une situation initiale négative, une situation finale en général positive, l’une reliée à l’autre par une action centrale ouverte par un élément perturbateur (déclenchement de l’histoire) suivi par une série de péripéties (épreuves) pour atteindre le résultat espéré (clôture). Les contes comportent également des ingrédients (espace et temps, objets magiques, épreuves, bestiaires, morale, etc.) et des éléments linguistiques (formules introductives, emploi de l’indéfini, temps du passé, actes de parole, refrains et formules magiques) qui forment une grille d’analyse pour tous les contes.

Pour préparer votre cours, vous pourrez vous appuyer sur l’excellent dossier que la BNF consacre aux contes de fées, dans lequel sont abordés tous les aspects du genre : le passage de l’oral à l’écrit, les “ingrédients du conte“, les variantes, avec un gros plan sur deux contes, Le Petit Chaperon rouge et Cendrillon. Largement illustré, ce dossier propose en outre aux enseignants des clés de lecture d’un conte (les analyses de Bettelheim, Propp et Delarue par exemple) ainsi que des pistes pédagogiques originales : activités d’écriture, travail sur l’illustration, les variantes et la création graphique. La revue Textes et documents pour la classe, éditée par le Centre national de documentation pédagogique, consacre également un numéro aux contes dans lequel vous pourrez notamment découvrir un petit inventaire des principaux outils d’analyse de ce genre littéraire.

Cette étude du conte peut constituer une excellente étape préparatoire à des activités d’expression écrite : le cadre offert par l’analyse littéraire donnera en effet à l’apprenant suffisamment de sécurité et de marques pour qu’il puisse devenir créateur d’un récit personnel.

Expression écrite

Activités d’écriture

Avant d’amener vos élèves à créer un conte de toutes pièces ou à l’aide d’un jeu de tarot des contes, vous pourrez commencer par leur proposer des activités de production semi-dirigées : imaginer d’autres fins, réaliser une salade de contes, faire varier les éléments du récit ou les techniques narratives, réécrire des contes traditionnels en les modernisant, faire dérailler un conte, détourner un conte…

Écrire un conte en réseau

Vous pourrez également tirer parti des nouvelles technologies pour développer un projet d’écriture collaborative en réseau. L’expérience “Écrire des contes à plusieurs” de l’école primaire de Villers-Perwin en Belgique pourra vous donner quelques pistes sur la manière dont un tel projet peut être mis en place : les élèves ont travaillé sur l’écriture d’un conte en partenariat avec un correspondant d’une école d’un autre pays francophone par l’intermédiaire du courrier électronique. Il est même possible d’envisager d’étendre ce projet à plusieurs classes.
Vous pourrez également choisir d’écrire avec une classe partenaire un conte bilingue.

Écrire un conte avec l’appui d’un logiciel

Vos apprenants pourront réaliser certaines activités d’écriture directement en ligne. L’atelier Écriture de contes de la BNF, par exemple, permet à l’internaute d’inventer lui-même son récit à partir d’une sélection d’ingrédients d’un conte (héros, décor, épreuve, récompense, etc.). Cette méthode de création interactive donne à l’apprenant un cadre global au récit et cède ensuite la place à l’imagination.

Il existe par ailleurs un certain nombre de logiciels, gratuits ou payants, pour aider les élèves qui ont besoin d’un cadre et d’une assistance lors de l’écriture. On retiendra notamment le logiciel Story Write, assistant à l’écriture de récit de fiction basé sur la structure d’un conte, qui propose sur son site une version de démonstration gratuite.

Expression orale

Si le conte est un genre essentiellement oral, ce caractère a été quelque peu oublié dans les sociétés occidentales, qui n’en connaissent plus que les versions écrites. La classe de langue peut contribuer à redonner au conte cette dimension orale.

Si le conte peut donner lieu à des activités classiques d’expression orale (décrire un personnage ou un lieu du conte, résumer un conte, inventer la suite de l’histoire, etc.), c’est la théâtralisation du récit qui permettra d’exploiter réellement les potentialités de ce genre. La websérie réalisée par Radio Canada et proposée sur le site Fabrique-moi un conte, offre des adaptations filmées de contes qui peuvent être source d’inspiration pour vous comme pour vos élèves.

Pour sensibiliser vos apprenants aux spécificités de la narration du conte, commencez par leur faire écouter des enregistrements audio : ils y repéreront le travail attentif sur l’intonation, les pauses, les inflexions de voix. Diversifiez les voix des conteurs et les types de récit en allant piocher parmi les enregistrements proposés sur bibliboom ou Conte-moi

Vous pourrez ensuite préparer vos apprenants à la prise de parole avec des petits jeux d’échauffement et d’improvisation largement utilisés dans la pratique théâtrale. Invitez-les enfin à raconter eux-mêmes des contes, en leur rappelant que la transmission orale d’un conte ne consiste pas en une récitation, mais avant tout en une interprétation du récit (voir à ce sujet l’interview que Christian Tardif a accordée à Franc-parler). La spontanéité de la parole, le jeu sur les variations de la voix et le soutien de la gestuelle pourront contribuer à faciliter l’expression orale des apprenants dans la langue étrangère.

Compétence interculturelle

Comme le soulignent les auteurs du dossier “Culture commune : faites vos contes” publié dans le n° 274 de la revue Fenêtres sur cours, “les contes participent d’un discours culturel global qu’une société tient sur elle-même”. En ce sens, les contes constituent un excellent support pour développer la compétence interculturelle de vos apprenants.

Vous pourrez ainsi amener vos élèves à repérer les marques culturelles présentes dans les contes que vous leur présenterez (étude des champs lexicaux et des détails qui caractérisent les lieux et les mœurs d’une société par exemple), à comparer différentes versions d’un même conte (populaire, paysanne, urbaine, littéraire…), à établir des ponts entre leur culture d’origine et la culture étrangère dont les contes portent la trace, et enfin à prendre conscience du caractère universel des questions, des conduites et des valeurs véhiculées dans les contes.

Pour illustrer cette approche, découvrez une séquence pédagogique filmée d’un projet mené dans une classe de CLIN pour la création d’une version chinoise du conte “Ce que disent les gens”.  Vous pourrez également vous inspirer d’une exploitation pédagogique du conte (africain) dans une perspective d’interculturalité et d’intertextualité proposée par Marie-Josée Kinkingnehun dans un article publié dans la revue en ligne Synergies FLE.

Travail sur l’illustration

Autre angle d’approche possible pour exploiter les contes en classe de langue : l’imagerie – fixe ou animée – liée à ces récits.

L’étude des rapports qu’entretient l’illustration avec le récit s’avère en effet intéressante à analyser. Voyez à ce titre les nombreuses pistes pédagogiques proposées par Télémaque autour des “Interprétations par l’illustration”. Pour préparer une telle activité, vous pourrez vous appuyer sur les très belles illustrations présentées sur le site de l’exposition “Contes de fées” de la BNF  : vous y accèderez par titres de contes (Le Petit Chaperon rouge, Cendrillon, Les Contes de la mère l’Oye…) ou par illustrateur (Gustave Doré, Arthur Rackham, Edmond Dulac, etc.). L’analyse des variantes du Petit Chaperon rouge à travers l’illustration pourra également vous donner quelques idées d’activités.

L’étude des rapports entre le récit et l’illustration peut être étendue aux transpositions cinématographiques des contes, que ce soit par le biais d’acteurs ou de dessins animés, mais également à l’utilisation des contes par la publicité. Récemment, par exemple, la marque de produits de luxe Chanel a mis en scène plusieurs contes pour assurer la promotion de ses parfums  : l’exposition de la BNF propose quelques pistes pédagogiques pour exploiter cette réinterprétation des contes par la publicité.

Les meilleurs contes ont une fin. Mais avant de nous quitter, glissons un dernier regard derrière les Portes du conte où d’autres adresses (revues, associations, …) nous attendent.

 

Rédaction : Haydée Maga

Actualisé le 31/10/2017