Les principes de la GRAC

La GRAC est un des produits des recherches du Réseau Grammaires et contextualisation. Celles-ci partent des considérations suivantes :

À propos des apprenants

Les apprenants rencontrent des difficultés particulières à acquérir certains éléments du français : ces difficultés ne sont pas individuelles mais partagées par d’autres apprenants ; elles ne dépendent pas essentiellement du contexte de communication de ceux-ci, et elles persistent dans la durée. Les éléments du français concernés constituent ce qu’on peut nommer des zones potentielles de fossilisation (ZDF), autrement dit des zones de la langue dans lesquelles les erreurs ont tendance à devenir durables et tenaces.

Ces difficultés varient selon la langue première des apprenants. Elles se manifestent généralement sous forme de calque (structural ou sémantique) de leur langue première : par exemple, la forme *le mon oncle utilisée par un italophone est un calque de il mio zio. On parle traditionnellement d’interférence (de la langue première sur la langue cible).

À propos des enseignants

Les enseignants connaissent par expérience ces difficultés de leurs élèves. Ils font souvent des relevés de ces « fautes fréquentes », « fautes caractéristiques », « erreurs à éviter »…

Ils peuvent chercher à y remédier en utilisant la description traditionnelle du français. Mais, souvent, celle-ci ne présente pas les ressources nécessaires à cela, parce qu’elle a été élaborée essentiellement pour des élèves déjà francophones, et, en général, elle ne tient donc pas compte des cas où la langue première des apprenants n’est pas le français.

Les enseignants peuvent aussi chercher à décrire le français de manière particulière en utilisant des catégories issues de la linguistique, comme les actes de parole ou les opérations de généralisation, de fléchage… En général, ce sont des catégories sémantiques, supposées universelles, qui sont utilisées à cette fin.

Enfin, ils peuvent mettre en évidence ou expliquer les difficultés au moyen d’activités de mise en regard (AMER), par des rapprochements directs de la grammaire des deux langues.

Parmi les AMER, certaines font appel à des activités métalinguistiques/réflexives, par exemple sous la forme des « exercices de conceptualisation » de H. Besse.

D’autres AMER consistent à utiliser à des descriptions « alternatives » du français créées ad hoc en fonction de la langue des apprenants : elles s’écartent, à un degré variable, de la description traditionnelle de la grammaire du français (celle diffusée dans les manuels de grammaire produits par exemple en France). Ces descriptions se caractérisent par le fait qu’elles ont souvent recours à des catégories ou à la terminologie de la langue première des apprenants, qui forme ce que l’on pourrait appeler leur capital métalinguistique, et qui ont généralement été acquises par eux à l’école primaire (à travers le processus qu’on nomme grammaticalisation).

Ces catégories ou cette terminologie créées et utilisées « localement » se substituent alors à celles de la description ordinaire du français. Elles sont le produit du contexte linguistique où le français est enseigné. C’est pour cette raison qu’elles sont nommées descriptions contextualisées du français (DCF) ou contextua­lisations de la description du français.

À propos de la GRAC

Le Réseau Grammaires et contextualisation a pour objectif de recueillir et d’analyser ces descriptions contextualisées produites par la créativité grammaticale des enseignants de français dans le monde. Il compte bien entendu sur la collaboration de ces enseignants « sur place », qui peuvent effectuer de telles recherches mais aussi décrire les descriptions contextualisées qu’ils utilisent eux-mêmes et dont ils sont peut-être les auteurs. Certaines de ces descriptions peuvent avoir fait l’objet de publications d’envergure, par exemple pour le finnois ou pour le japonais.

On a déjà constaté  que certaines ZPF (zones potentielles de fossilisation) se retrouvaient dans des contextes linguistiques très différents Leur description contextualisée dans une langue est susceptible d’éclairer une zone de difficulté dans une autre langue, parfois assez éloignée de celle-ci (par exemple l’absence d’article en chinois, en turc, en finnois, dans les langues slaves etc.).

Certaines descriptions contextualisées permettent également de jeter un regard nouveau sur la description de la grammaire du français en général et ont de ce fait une valeur plus universelle que ne l’imaginent les enseignants qui les ont créées « sur place » pour leurs besoins immédiats et particuliers.

La grammaire GRAC a pour ambition de mettre ces descriptions contextualisées à la disposition des enseignants de français, de tous pays, et de valoriser ainsi l’activité créatrice de leurs auteurs. Les descriptions contextualisées ne peuvent pas résoudre tous les problèmes d’apprentissage du français, mais elles peuvent au moins assurer une meilleure réflexivité grammaticale ou un accès plus facile à la compréhension des explications de grammaire, et contribuer à l’apprentissage du français.

 

Jean-Claude Beacco et Jean-Michel Kalmbach


La GRAC » Les principes de la GRAC • Mise à jour mai 2018 • Contribuer

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