Former à l’enseignement précoce

Imprimer

Dossier Enseignement précoceSpécialistes de l’enseignement précoce du français, Hugues Denisot et Catherine Macquart-Martin ont organisé des formations spécifiques pour les enseignants qui travaillent avec de jeunes enfants.

Les besoins

Les formations concernant l’enseignement précoce répondent le plus souvent à un besoin réel sur le terrain. Deux cas de figure se présentent. Si l’offre de cours existe, elle a souvent été mise en place suite à des demandes isolées de parents. Les enseignants peu formés rencontrent alors des difficultés liées au manque de programme ou à l’absence d’objectifs (qui permettraient de déterminer des progressions sur plusieurs niveaux et années). Dès lors, faut-il suivre une méthode ou privilégier la création d’unités didactiques ? Comment gérer la classe et motiver les enfants ?

Dans le second cas de figure, l’offre de cours n’existe pas encore. Actuellement, de nombreuses institutions voient dans les cours pour enfants un nouveau produit à développer pour pallier, par exemple, la diminution du nombre d’apprenants adultes. La formation porte dans ce cas sur l’élaboration des programmes et leur suivi. Elle inclut la préparation, l’étude de faisabilité, la création de supports et l’évaluation.

Le contenu des formations

Les formations didactiques ont pour point commun de devoir améliorer la qualité de l’enseignement et de fidéliser les familles. L’apprentissage du français correspond souvent, en effet, à un projet familial.

Dans la plupart des cas, le français n’est qu’une activité extra-scolaire parmi d’autres. Et l’offre est abondante : sport, théâtre, musique… Les cours se doivent alors d’être très qualitatifs pour que les enfants se réinscrivent d’une session à une autre.

Voici un certain nombre de demandes récurrentes :

– Comment mettre en place telle méthode ?
– Quels outils « satellites » utiliser en complément de telle méthode ?
– Comment créer des modules ou des unités didactiques ?
– Quelle approche privilégier pour quelle tranche d’âge ?
– Comment motiver les élèves ?
– Comment évaluer les enfants ?
– Comment aider les élèves à prendre la parole ?
– Quelle approche privilégier pour l’apprentissage de l’écrit ?
– Comment utiliser la littérature de jeunesse ?
– Quelle est la place du jeu ?
– Comment aider les enfants à apprendre ?
– Comment intégrer les Intelligences multiples, les Accelerated Integrated Method (AIM), le Total Physical Response (TPR) ?
– Comment mettre en place la pédagogie du projet ou la perspective actionnelle ?
– Comment gérer un groupe hétérogène ?

Nos formations sont à la fois théoriques (25 %) et pratiques (75 %). Nous cherchons à privilégier les échanges entre stagiaires.

Ceux-ci sont amenés, par exemple, à créer un portfolio, à résoudre des situations problèmes en utilisant les Intelligences multiples, à créer des unités didactiques qui devront être validées une fois testées dans les classes, à réaliser une tâche pour atteindre des objectifs communicatifs, ou encore à analyser toutes les stratégies qu’ils ont dû mettre en œuvre et les outils linguistiques qu’ils ont dû utiliser. Ils doivent ensuite élaborer l’itinéraire pédagogique qui leur permettra de réaliser la tâche et d’atteindre les objectifs. Cela permet de mettre en valeur la notion de pré-requis, qui pose souvent problème aux enseignants.

Attentes et réactions face aux formations

Les stagiaires ne sont pas toujours conscients de leurs manques et de leurs besoins. Ils sont souvent en demande de « recettes ». Il convient, pour le formateur, de doser habilement la part de recettes et la part de savoir-faire afin que le stagiaire acquière une certaine autonomie qui rendra la formation durable et « rentable ».

Le problème des formations en général et dans le domaine de l’enseignement aux jeunes enfants (le mot précoce n’a plus tellement de sens actuellement) est qu’il n’y a pas beaucoup de suivi sur le terrain.

Les collègues devraient être plus accompagnés dans les classes, « coachés » pour prendre un mot à la mode. Mais par qui ? Le problème du coût des formations n’est pas négligeable. Pourtant pour une institution n’ayant pas de propositions de cours enfants, un programme cohérent animé par des enseignants formés et motivés est sans aucun doute gage de rentabilité. Le souci avec les cours pour enfants étant plus la fidélisation que le démarchage.

Les retours sont souvent très positifs à l’issue de la formation mais une fois sur le terrain, les enseignants se retrouvent confrontés à d’autres difficultés ou se posent de nouvelles questions face à un groupe d’une autre tranche d’âge, par exemple, ou face à des exigences divergentes parmi les parents d’élèves.

Les difficultés des enseignants

La gestion du tout premier cours est une difficulté souvent évoquée : « Est-ce que je peux parler la langue d’enseignement ou pas ? »

Une autre difficulté, bien réelle mais plus taboue, est la discipline. Les problèmes sont souvent liés à une méconnaissance de l’enfant, de son développement cognitif, social et moteur, de ses intérêts. Beaucoup de professeurs sont trop dans le plaisir, dans la séduction, dans le stress et oublient de proposer des repères aux enfants, d’imposer des règles, de prendre leur temps.

Au niveau des compétences, les enseignants ont des difficultés pour proposer des tâches qui présentent un obstacle à surmonter par le groupe ou par l’élève et que l’on appelle des situations-problèmes.

Ils manquent de techniques d’enseignement pour aider les élèves à comprendre et à parler. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, beaucoup de professeurs continuent à donner les consignes de classe en langue maternelle. Certains ont des difficultés à proposer des activités de productions orales autres que de la répétition, la traduction ou des chansons apprises par cœur.

Pour certains professeurs habitués au public plus âgé, il est difficile de changer leurs habitudes d’enseignement. Pour d’autres très créatifs, il est difficile de planifier à long terme. Ils ont souvent tendance à juxtaposer des activités, certes ludiques et motivantes, mais qui ne donnent pas de sens ou ne construisent pas les apprentissages.

Au niveau des situations d’apprentissage, nous remarquons que les enseignants ont du mal à créer des situations qui soient à la fois réalistes, stimulantes, adaptables, cohérentes et rigoureuses. Il est important de noter que c’est surtout parce que l’on demande à ces enseignants, parfois peu formés, de créer du matériel et des situations d’apprentissage alors que dans un premier temps, il serait mieux de leur apprendre à utiliser du matériel déjà existant et de mettre en place des situations d’apprentissage déjà prêtes à l’emploi en exerçant leur sens critique.

Conseils

La première chose est d’apprendre à connaître les enfants de la tranche d’âge à laquelle ils enseignent. Les méthodes vendues sur le marché regorgent de conseils, de techniques, de thèmes, de projets et de supports. Motiver n’est pas seulement faire jouer, donner du plaisir mais c’est aussi apprendre tout simplement. C’est rendre curieux, c’est noter les progrès, les difficultés et proposer des remédiations, c’est prendre en compte le groupe et les individus, c’est valoriser, c’est accompagner, c’est donner du sens en échangeant, c’est donner des défis réalistes, c’est autant de verbes qui correspondent à une pédagogie de la réussite active.

L’enseignant doit retrouver lui-même sa propre curiosité. Il convient pour l’équipe qui encadre de dégager du temps pour les enseignants, des espaces, de les valoriser et de les aider à surmonter leurs craintes, à trouver des solutions acceptables aux problèmes logistiques.

Pour les enfants, il faut donc respecter leur rythme (prévoir des pauses récréatives à l’intérieur, à l’extérieur, changer d’activités rapidement, veiller à la sécurité physique et morale (espace, respect, activités de groupe et activités individuelles), au bien-être (possibilité de boire, d’ouvrir les fenêtres, de sortir), varier les supports en adéquation avec l’âge (marionnettes, albums, jouets, jeux, magazines, énigmes, charades, enquêtes, DVD, cédéroms, blogs) en ne perdant pas l’aspect authentique, ludique mais aussi cognitif.

Même si l’on ne peut pas comparer une situation en langue maternelle dans une école et un cours de langue étrangère dans une institution, il peut être intéressant d’observer des classes d’écoles maternelles et primaires fonctionner en langue d’enseignement. Lors des formations, les stagiaires sont très demandeurs de séquences filmées afin d’observer et d’analyser comment enseignent leurs collègues et d’effectuer des comparaisons.

Nous sommes passés de situations d’enseignement-apprentissage trop scolaires, trop calquées sur l’enseignement des langues au secondaire à des situations trop ludiques. Il faut former les enseignants à trouver le juste milieu, à retrouver un enseignement cohérent, porteur de sens et donc motivant pour les élèves.

Rédaction : Emeline Giguet-Legdhen