JAPON : échange culturel par correspondance avec le Niger

Pendant l’année scolaire 2016-2017, nous avons établi une correspondance avec une classe de jeunes au Niger. Nous avons envoyé les lettres depuis le Japon en juillet 2016 et avons reçu les réponses en janvier 2017. Les lettres écrites en français depuis le Japon étaient inattendues et marquantes pour les enfants du Niger. Quant à nos élèves, ils ont découvert le Niger où le système postal n’est pas établi et où les enveloppes et les papiers sont précieux. Ainsi, ils ont pu être confrontés à différents aspects de la situation actuelle du Niger.

Ce projet a été rendu possible grâce à une de nos anciennes élèves qui y a fondé une école « Terakoya » dans le but d’augmenter le taux d’alphabétisation des jeunes afin de faciliter leur future recherche d’emploi. De notre côté, nous avons voulu échanger avec le Niger pour pouvoir perpétuer cette démarche tournée vers l’avenir.

Pour l’année scolaire 2017-2018, nous avons le projet de correspondre par vidéo. Le passage du format écrit au format vidéo permettra d’approfondir les échanges, qui pourront constituer un apport pédagogique allant au-delà de nos espérances.

1 Introduction

Nous présentons d’abord les leçons de français du collège-lycée pour filles Keika. Notre classe de français a commencé en 2015. Dans le cadre de la leçon d’éducation EHD au collège, nous développons des cours à vocation internationale. Les élèves choisissent entre le chinois et le français. Les cours ont lieu une fois par semaine (50 minutes), soit un temps d’apprentissage d’environ 25 heures par an. De plus, les élèves apprennent la langue choisie au cours de leurs trois années de collège.

Le nombre total d’élèves est de 107, dont 57 pour le français. Dix-sept élèves de deuxième année participeront à ces échanges culturels. Le but de ces échanges est double. Le premier est de « susciter la motivation pour apprendre le français », le second est de « goûter au plaisir d’apprendre le français ». Plus exactement,

– Augmenter la motivation de l’apprenant en reliant le contenu appris dans la classe au monde réel.

– Par le français, découvrir la culture francophone et connaître la diversité du monde.

– Expérimenter la communication en français et découvrir de nouvelles cultures.

 

2 Déroulement des activités

2.1 Nos partenaires d’échange

Nous allons ensuite voir pourquoi le Niger a été choisi comme partenaire d’échange. Il existe diverses pratiques pour communiquer en français, mais il est difficile de réaliser une correspondance avec les pays africains francophones. En outre, la culture francophone d’Afrique est inconnue au Japon même pour les enseignants. Par chance, une ancienne élève de notre école est la représentante d’une organisation qui soutient le Niger. Grâce à cette dame (Mme. Fukuda), le projet a pu voir le jour. Cette organisation, « Comment Niger », a été fondée en 2009. Son objectif principal est de soutenir les enfants de la République du Niger, un pays d’Afrique de l’Ouest. « Comment Niger » a réalisé deux projets. D’une part, le don de « Lanternes solaires » à un village sans électricité. D’autre part, ils ont fondé un « Terakoya » qui trouvent leur origine à l’époque Edo, et sont des lieux où les enfants de tout milieu avaient accès à l’éducation. Le « Terakoya » crée par l’association vise les enfants de ce village du Niger sans école ni électricité. Le « Terakoya » de « Comment Niger » et les cours de français du collège ont tous les deux commencé en 2015. Ainsi, il a semblé intéressant d’établir un échange culturel entre les deux.

 

2.2 Préparation

Cette activité a débuté au cours de l’année scolaire 2016-2017. Les premières lettres ont été envoyées en juillet 2016. Elles ne sont arrivées au Terakoya qu’en novembre à cause des inondations. En janvier 2017, nous avons reçu leurs réponses.

Nous avons d’abord appris aux élèves des connaissances de base sur le Niger (géographie, climat, langue). De plus, en lisant le livre d’images intitulé « Conte du Niger », les élèves ont discuté en groupes de leur image et de leurs impressions du Niger. Ensuite, en utilisant la feuille de travail, nous avons révisé les expressions apprises, et chacun y a ajouté sa propre phrase. Les élèves ont ensuite apporté des enveloppes et du papier à lettre. Sur la base de la feuille de travail, elles ont finalisé leurs lettres en les décorant d’autocollants et d’origamis. Les élèves apprécient vraiment cette activité. Toutes les élèves se sont présentées et ont écrit ce qu’elles aiment en y ajoutant une touche personnelle. Pour présenter le Japon, nous avons fait des illustrations telles que la carte du Japon, l’emplacement de Tokyo, le drapeau national, les sushis, entre autres.

 

2.3 Réception des lettres

La première lettre de correspondance, envoyée en juillet 2016, est arrivée au Niger en novembre. Le personnel de « Comment Niger » nous a envoyé des photos des enfants en train de lire nos lettres. D’après eux, ils étaient ravis de recevoir des lettres du Japon, qui plus est en français. C’est tellement rare qu’ils ne s’en séparent jamais. En lisant les lettres, les enfants au Niger se sont rendu compte de la chose suivante : « Je ne connais rien sur le Japon ». Ils ont déclaré « On voudrait écrire une réponse avec un beau papier » et sont allés dans le village voisin pour acheter du papier à lettre. Ils ne voulaient pas n’importe quel papier, mais du beau papier. Quand nous avons entendu cette anecdote, nous avions hâte de recevoir les réponses et nous nous demandions quelles belles lettres allaient arriver.

En janvier 2017, les réponses nous sont finalement arrivées. Le magnifique papier auquel nous nous attendions était en fait un papier dit « ordinaire » pour nous. Cela nous a fait comprendre que, pour eux, ce papier ordinaire fabriqué en France est précieux à tel point qu’ils vont jusqu’ à la ville voisine pour en acheter. Cela nous a toutes étonnées.

Il y avait aussi des lettres avec des illustrations telles que des feuilles, des fleurs, des animaux, aux couleurs du drapeau du Niger (vert, orange, blanc). À travers le contenu des lettres, nous avons pu apercevoir les choses que les enfants aiment ainsi que leur vie quotidienne.

Étant la première personne à ouvrir les lettres et à les regarder, j’ai été profondément touchée quand j’ai vu que le papier à lettre, était plié en formes diverses : bateau, cœurs, fleurs, etc. Ont-ils imité les « origamis » que nous avons mis dans les enveloppes ?

 

2.4 Partage des réponses

Après l’arrivée des lettres, j’ai distribué à chacune des élèves une lettre avec sa traduction en japonais en transmettant les anecdotes du personnel présent sur place au Niger. J’ai ensuite résumé le contenu des lettres en les classant par thème. Cette expérience leur a permis de se sentir proche de ce pays éloigné.

Quelle a été la réaction des élèves quand elles ont vu les lettres ? Leurs premiers mots étaient des mots de surprise : « La lettre vient vraiment du Niger ! », « La lettre est vraiment écrite en français ! », « Il y a des mots inconnus ! ». Il était passionnant pour les élèves de savoir ce qu’aiment les enfants du Niger.

Par ailleurs, à travers les lettres, nous avons appris beaucoup de choses à propos du Niger et de sa culture, et nous avons fait de nombreuses découvertes en comparant avec le Japon. Chaque élève semble avoir une impression positive du Niger.

 

3 Questionnaire sur la « Motivation » et le « Plaisir »

À la fin de cette activité, nous avons mené un questionnaire sur la « Motivation » et le « Plaisir » d’apprendre, qui sont l’objet de cette activité. Les résultats sont les suivants.

En réponse à la question : « À travers l’échange culturel avec le Niger, ma motivation a augmenté. », 24% des élèves ont répondu « Tout à fait d’accord », et 35% des élèves « D’accord. » Ainsi, dans l’ensemble, plus de la moitié des élèves ont déclaré que leur motivation avait augmenté.

Ensuite, en réponse à la question « L’échange culturel avec le Niger était intéressant. », 51% des élèves ont répondu « Tout à fait d’accord », et 27% des élèves « D’accord ». Ainsi, 78% des élèves ont dit avoir passé un bon moment. Étant donné qu’aucune élève n’a répondu négativement, on peut considérer que l’objectif a été atteint.

Il y a aussi eu des réponses inattendues. Certaines élèves ont dit qu’elles étaient plus motivées qu’avant à apprendre non seulement le français, mais aussi d’autres langues étrangères. De manière plus générale, il apparait que grâce à cette activité, les élèves ont eu du plaisir à communiquer avec des personnes étrangères.

Ainsi, chaque élève a apprécié la correspondance à sa façon et la classe a hâte de continuer cet échange avec la prochaine étape : l’envoi de lettres vidéo.

Les élèves ont cette fois travaillé en groupe. Elles ont choisi des choses japonaises qu’elles souhaitent présenter, comme les sushis ou les origamis. Après s’être présentées, elles les décriront à l’aide de mots et d’expressions simples. Les élèves qui figurent dans la vidéo ont déjà correspondu avec les enfants du Niger l’année dernière.

Nous avons envoyé cette vidéo en septembre 2017. Le personnel de « Comment Niger » filmera la réponse des enfants sur place, au Niger. Ces vidéos devraient nous arriver avant la fin de l’année scolaire, en mars 2018. Nous les attendons avec impatience, et espérons que cet échange portera ses fruits !

Illustration du projet

KASUYA Miyuki

 (Collège et Lycée pour filles Keika – Japon)