Leïla Sebbar, Gestes acquis, gestes conquis , de B1 à B2

fiche_peda_leila_sebbarLa romancière et nouvelliste Leïla Sebbar est née en Algérie, à l’époque de la colonisation. Cette séquence pédagogique est basée sur « Travail de ménagère, travail d’écrivaine. Gestes acquis, gestes conquis », un texte de la romancière paru en 2006.

Enfant d’un couple franco-algérien, elle n’apprendra pourtant pas l’arabe. Si elle ne peut parler et écrire en arabe, cette langue reste au cœur de sa création ; en tant que sujet comme dans Je ne parle pas la langue de mon père ou en toile de fond avec les nouvelles de La Jeune Fille au balcon. Ses récits autobiographiques comme ses fictions traitent souvent de la complexité des relations entre l’Algérie et la France.

Des extraits de ses livres sont mis à la disposition des lecteurs, d’autres textes sont proposés dans leur intégralité en ligne.

Cette séquence pédagogique est basée sur un de ses textes autobiographiques : Travail de ménagère, travail d’écrivaine. Gestes acquis, gestes conquis (1). Pour les compétences visées, notez que celles indiquées en grammaire sont uniquement abordées de manière inductive.


Niveaux : B1 à B2

Public : adolescents / adultes

Objectif général : Interculturel : la place et le rôle de la femme dans l’espace privé de la « maison » et les représentations rattachées à la notion d’intérieur.

Durée : 1 h à 1 h 30

Compétences 

visées

B1

B2

Objectifs 

socio-culturels

Découvrir un auteur contemporain de la littérature algérienne de langue française.

Objectifs 

communicatifs

Savoir-faire

Émettre des hypothèses
Exprimer son opinion

Émettre des hypothèses

Exprimer son opinion

Parler de soi

Grammaire

Lexique

Le conditionnel présent 
Les verbes d’opinion
Les articulations logiques simples : cause, conséquence et opposition (parce que, donc, puisque, comme, alors, pourtant, alors que, tandis que, etc.)

Le conditionnel présent
La modalisation : les nuances pour exprimer l’hypothèse, l’obligation, le doute. 
Les formes impersonnelles : il est certain que, il est probable que, il semble que, etc.

SupportsExtrait de Travail de ménagère, travail d’écrivaine. Gestes acquis, gestes conquis, de Leïla Sebbar. 

De « l’ordre de la maison est aussi tyrannique, jubilatoire ou meurtrier que l’ordre de l’écriture » à « une maison, comme un livre est un lieu de vie mouvant à créer et recréer sans fin, dans la joie et le malheur. »

Consultez le texte en ligne.

Activité 1

Découverte du texte

Notez au tableau le titre du texte dont est extrait le passage que vous allez distribuer par la suite : Travail de ménagère, travail d’écrivaine. Gestes acquis, gestes conquis. Questionnez les apprenants : d’après le titre, quel pourrait être le sujet du texte ? Comment définiriez-vous « le travail de ménagère » ? Considérez-vous que c’est un travail ? Quels rapports peut-il y avoir entre le « travail de ménagère » et le « travail d’écrivaine » ? Selon vous, que pourrait signifier « gestes acquis » ? « Gestes conquis » ? Quelles différences feriez-vous entre ces deux types de gestes ?

Distribuez le texte à la classe. Veillez à ce que son titre ainsi que le nom de l’auteur soient visibles. Laissez une dizaine de minutes aux apprenants pour la découverte du texte.

Posez-leur ensuite quelques questions pour les amener à exprimer leurs ressentis par rapport au texte.

Quelques exemples de questions : de quoi parle le texte ? À quelle personne est-il écrit ? Dans quel genre classeriez-vous ce texte ? Quelles sont vos premières impressions ? Quelles sont les éléments qui vous interpellent ? Qui vous choquent, qui vous surprennent ?

Activité 2

La relation de la femme à la maison

Divisez la classe en groupes de 3-4. Demandez-leur de relever les éléments qui sont à mettre en lien avec la relation « femme-maison » dans le texte. Donnez-leur un exemple : la femme peut « souffrir ».

Exemples de réponses attendues : « souffrir », « un objet de torture mentale », « obsessions ménagères », « les gestes pour corriger, décrasser, ranger, mettre, et remettre en place », « harmoniser », « travailler pour un résultat », accomplir « une œuvre vitale », « faire une maison », « ses critères esthétiques », « son idée de l’harmonie, de la grâce, du charme ».

Après une dizaine de minutes, demandez aux différents groupes de proposer les éléments qu’ils ont identifiés. Notez-les au tableau.

À partir de ce corpus, demandez au groupe de décrire la relation femme-maison telle quelle est présentée dans le texte. Pour les accompagner dans cette réflexion, vous pouvez proposer une série de question au tableau, du type : Selon l’auteur, quelles actions réalise la femme dans la maison ? Ranger, classer, décrasser, mettre, remettre en place, etc. Quelle est la dimension créative/créatrice de ces actions ? Harmoniser, exprimer ses critères esthétiques, son idée de l’harmonie, de la grâce, du charme, etc. Laissez les groupes travailler une dizaine de minutes puis procédez à une mise en commun des idées.

Questionnez les apprenants sur ce point de vue : êtes-vous d’accord avec les idées avancées par l’auteur ? Pensez-vous que ce rapport soit propre à la femme ? Pourquoi selon vous, cet auteur parle-t-elle seulement du rapport de la femme à la maison ? Qui s’occupe des tâches ménagères, de la décoration de la maison, chez vous ? Dans votre pays ?

Activité 3

La maison : un palimpseste ?

Notez au tableau la dernière phrase de l’extrait étudié : « Une maison comme un livre est un lieu à créer et recréer sans fin dans la joie et la malheur. »

Amenez les élèves à échanger autour de l’idée que la maison est « un lieu à créer et à recréer sans fin ».

Quelques questions pour les aiguiller dans cet échange : que peut signifier « créer une maison » ? L’organiser, la décorer, l’adapter aux besoins des occupants, la construire, la dessiner, la rêver, etc. Pourquoi l’auteur parle de la « recréer dans la joie et le malheur » ?  La maison est un lieu vivant, les occupants la modifient, agissent dessus par leurs gestes et leurs comportements, etc. Quels événements heureux, malheureux peuvent influer sur l’aspect d’une maison, sur son organisation ? Une naissance, un mariage, une fête, un décès, la maladie, le handicap, la perte d’un emploi, une promotion sociale, etc. Combien de temps consacrez-vous à votre « intérieur » ? Est-ce que vous vivez cela comme une obligation, une corvée, un plaisir ? L’état de votre intérieur, son aspect, la décoration change-t-il selon vos humeurs ? Vos goûts ont-ils changé avec le temps, avec l’âge ?

Proposez aux apprenants de réfléchir à ce qui rend leur lieu de vie agréable selon eux. Demandez-leur de trouver environ 5 critères.

Exemples : peu de meubles, de nombreuses fenêtres, une grande cuisine, un sol en bois, un jardin, une cheminée, une maison ordonnée, désordonnée, une maison partagée (famille, enfants, colocataires), etc.

Pistes pédagogiques pour une autre approche du texte

Demandez aux apprenants de relever les termes utilisés par l’écrivaine pour qualifier à la fois la maison et le livre. Amenez les élèves à réfléchir sur : les rapprochements opérés par Leïla Sebbar entre ces deux « espaces », l’opposition et la ressemblance entre le rapport entretenu par la femme « traditionnelle » et le travail ménager et la femme « moderne », auteure, et le travail d’écriture.

Proposez aux apprenants de réaliser un podcast. Divisez la classe en groupes de 3-4. Chaque groupe décide d’une adaptation sonore du texte ainsi que de la longueur du passage adapté. Ce travail nécessite de disposer d’une salle informatique pour faciliter la recherche de sons. Idéalement un enregistreur mp3 peut être utilisé pour l’enregistrement de sons en extérieur et de bruitages. Pour les aider, en amont de l’activité, proposez-leur quelques écoutes d’histoires audio d’Arte Radio ou de Polaroid sur France culture.

Note :

1. Paru in Présence de femmes, Alger, janvier 1986, n° 4, ClicNet, Carole Netter.

Rédaction : Aurélie Albisser